Pour intéresser le grand public à la lecture: Comment les bibliothèques publiques surmontent le danger d’Internet 


Pour intéresser le grand public à la lecture: Comment les bibliothèques publiques surmontent le danger d’Internet

«Afin de défier ce danger du Net, une bibliothèque n’est pas censée se limiter à drainer des lecteurs mais être dynamique à travers des activités culturelles».

Si les gens se désintéressent en pleine ère numérique de la lecture en tant que telle, ils réservent le même comportement à l’égard des espaces qui lui sont consacrés, notamment les bibliothèques.

Le constat qui se confirme de jour en jour incite à s’interroger sur le rôle de ces endroits. Est-ce que les bibliothèques, notamment celles publiques, préservent leur qualité d’espaces de lecture ? Veillent-elles à drainer les Marocains pour leur donner envie de lire ? S’adaptent-elles à l’ère technologique ?

De la numérisation des bibliothèques publiques

«Le ministère a introduit des équipements de nouvelles technologies de l’information et de la communication dans les bibliothèques. L’objectif étant de continuer à y drainer des visiteurs. Chose qui est difficile !», précise la conservatrice d’une bibliothèque à Rabat, ayant requis l’anonymat autour de son nom et l’espace qu’elle gère, tout en s’exprimant sur la prise de conscience du danger occasionné par ces technologies pour les bibliothèques. Ces moyens, qui offrent toutes sortes d’informations et facilitent la recherche, incitent à déserter ces espaces. D’ailleurs, seul un jeune étudiant a été aperçu dans la bibliothèque visitée par ALM, un vendredi, dans la capitale. La prière de ce jour semble y être pour quelque chose. «La bibliothèque est fort fréquentée en période de préparations pour les examens. Par contre, elle est fréquentée en milieu de semaine. Ce qui n’est pas le cas pour le vendredi», détaille-t-elle en indiquant qu’un libre cours est donné aux étudiants qui se rendent dans cet espace, censé être marqué par le silence, en période de préparations. «Notre objectif est d’encourager les étudiants à se rendre à la bibliothèque que ce soit pour les préparations aux examens ou pour lire. S’ils se voient entourés de livres, ils auront envie de lire un de ces jours. C’est déjà un acquis !», poursuit la conservatrice dont l’espace qu’elle gère vient de se doter d’un système de prêt consistant en l’installation d’un logiciel informatisé permettant d’introduire un descriptif du livre avec un code-barres. Une démarche qui permet aussi de détecter les cas de vol de livres dès le passage par un portique installé dans les locaux. «Pour l’heure, ce système est intégré dans environ 26 bibliothèques au Maroc pour être généralisé à d’autres relevant du ministère», révèle-t-elle en précisant que ledit logiciel permet de faire la recherche en ligne d’un livre là où l’on se trouve. Et ce n’est pas tout! La bibliothèque visitée est, selon sa conservatrice, dotée d’un réseau de connexion Internet pour permettre aux visiteurs de faire la recherche en ligne dans cet espace doté de livres assez intéressants.

Le fonds bibliothécaire, un «trésor»

L’espace fréquenté abrite notamment des livres d’histoire-géographie assez intéressants, outre ceux de littérature, fiqh et droit. «Les livres d’histoire en anciennes éditions sont fort sollicités par des étudiants qui les qualifient de trésor. Nous avons également quelques livres d’écrivains brésiliens. Mais la plupart sont en arabe», détaille la conservatrice qui rappelle qu’un ouvrage ne  doit pas dépasser 5 ans dans les rayons. «Outre les livres dont dispose cette bibliothèque, de nouveaux ouvrages sont  octroyés par le ministère de la culture», ajoute la bibliothécaire, rappelant que ce sont les étudiants en littérature, physique-chimie et économie ainsi que des chercheurs et universitaires en histoire qui fréquentent l’espace qu’elle chapeaute. Il y a même des touristes. L’objectif  étant d’attitrer les lecteurs.

«Afin de défier ce danger du Net, une bibliothèque n’est pas censée se limiter à drainer des lecteurs mais être dynamique à travers des activités culturelles», indique la conservatrice. Elle indique que le ministère a mis en place un programme culturel annuel à raison d’au moins une activité par mois. A ses yeux, la bibliothèque est un espace pour tous. Elle n’est pas l’apanage du seul étudiant, elle est plutôt ouverte aux retraités, aux vieux, fonctionnaires et à toutes les catégories sociales. «Les bibliothèques sont destinées à généraliser la lecture et rapprocher le livre du citoyen qui, à force de voir des activités dans la bibliothèque, finira bien par la fréquenter», estime la conservatrice. Bien entendu, le ministère est toujours là, selon notre interlocutrice, à superviser les efforts déployés pour la lecture. Et elle donne l’exemple de la biblio-plage d’El Jadida. Cependant, si notre interlocutrice a eu l’amabilité de nous recevoir, d’autres ont eu des réactions différentes.

De la réticence et l’arrogance !

Après avoir échangé avec cette conservatrice, ALM a contacté une autre, qui gère une bibliothèque différente dans la capitale, pour prendre rendez-vous. «Vous ne pouvez pas arriver comme ça !», lance la deuxième conservatrice. Et ce n’est pas tout! Au bout du fil de la bibliothèque Boukhriss Anassi à Casablanca, ALM est tombé sur une dame qui, dès avoir entendu la nature du sujet, n’a plus pipé mot en laissant la ligne décrochée. Après quoi, ALM reçoit cette réponse lors d’un deuxième appel : «Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a?». Pas plus! Outre Boukhriss Anassi, d’autres à l’instar de celle d’El Maârif sont demeurées injoignables. De telles réactions ont incité ALM à s’adresser à d’autres espaces sous d’autres cieux, plus ouverts et plus conscients du rôle de la communication à propos d’un sujet aussi important que la lecture. A commencer par la médiathèque Idriss Tachfini à El Jadida dont le conservateur a eu la belle idée de créer une biblio-plage afin de combler d’abord  le vide des bibliothèques qui ferment en été et ensuite en participant à l’effort d’encouragement pour la lecture.

Rapprocher la lecture des citoyens en période estivale

«Nous nous sommes mis à l’esprit que les citoyens se désintéressent de la lecture et des bibliothèques en été et partent à la recherche d’endroits leur procurant du plaisir. C’est pourquoi nous avons créé, depuis 2014, une biblio-plage surtout que la majorité des bibliothèques ferme lors du mois d’août», indique Abdellah Slimani, conservateur de la médiathèque Idriss Tachfini à El Jadida relevant du ministère de la culture dans le cadre du réseau de la lecture publique, appuyée par l’ambassade de France et la municipalité de la ville. Bien avant d’installer cette biblio-plage, étroitement surveillée pour éviter le vol des livres et animée par des activités, cette médiathèque ouvrait ses portes, lors dudit mois, au public qui, selon M. Slimani, varie d’année en année. Ainsi, les adultes qui fréquentent Idriss Tachfini se voient offrir des cérémonies de signature de nouvelles œuvres dont les auteurs sont issus de la région. «Une telle activité draine les personnes intéressées par les romans. Cela ne coûte rien !», enchaîne le conservateur de cette médiathèque, fréquentée par 35.000 visiteurs par an, qui organise une quarantaine d’activités chaque année, dont celles dédiées aux enfants qui se voient offrir plusieurs activités comme le carnaval de lecture. «Nous avons recours aux cadres de la médiathèque ou à un conteur ou encore un écrivain pour organiser des heures de contes au profit des enfants. Cette tâche est assez simple !», ajoute-t-il. Et là il convient de rappeler que la médiathèque  qu’il gère et dont le fonds est mis à jour par le ministère de tutelle, était une bibliothèque municipale. A propos de l’impact d’Internet et des nouvelles technologies sur la fréquentation des espaces de lecture, M. Slimani précise : «Nous sommes conscients de la prédominance de ces moyens. Cependant, il incombe aux conservateurs des bibliothèques de rendre au livre son lustre. Pour cela, il faut avoir des idées et de la volonté». Concernant la différence entre bibliothèques et médiathèques, les premières sont, à ses yeux, «démodées» en termes de services, forme, fonds bibliothécaire en rappelant que certaines bibliothèques n’ont pas encore fait l’objet de modernisation. Quant aux deuxièmes, elles donnent droit à un accès direct au livre.

De l’innovation en matériel et espaces

Tout comme Idriss Tachfini d’El Jadida, la médiathèque Abdessamad Kenfaoui à Larache permet un accès libre au livre et programme des activités autour de la lecture. «Il faut toujours innover en activités et espaces», indique Mohamed Bourah, conservateur de la médiathèque Abdessamad Kenfaoui, fréquentée par 30.000 visiteurs pendant 11 mois de l’année et abritant un espace ludique. «Nous disposons également du matériel destiné à agrandir les caractères pour les malvoyants», indique le conservateur qui révèle la création, aux côtés d’autres médiathèques, d’un système de bibliothécaires maghrébins.

Pour rappel, cette médiathèque, tout comme celle d’El Jadida, est membre d’une structure. Il s’agit dans le cas de Larache de l’association des amis de la médiathèque Kenfaoui qui organisera la 2ème édition du Festival international du conte à Larache en avril 2017. »

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